Patrick Devedjian, cinq ans après

Patrick Devedjian, cinq ans après


30 mars 2025

par

La rédaction Editos

Il y a cinq ans, le 29 mars 2020, Patrick Devedjian nous quittait brutalement, emporté par le Covid-19. Homme politique d’envergure, gaulliste, ministre, député durant plus de 20 ans, président du département des Hauts-de-Seine, il était aussi une conscience ardente de la cause arménienne en France.

Fils de réfugiés du génocide de 1915, Patrick Devedjian portait en lui la mémoire de l’exil et le devoir de justice. Dans une interview accordée à Marianne, il avait confié à Anne Dastakian que le génocide l’avait structuré. Son engagement n’a jamais été celui d’un folklore communautaire : il était politique, profond, rationnel et constant. Il ne séparait jamais l’histoire du combat, ni la mémoire de l’action.En tant que président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, il avait ainsi noué un partenariat concret avec la région arménienne du Tavush, en soutien à un territoire frontalier sous pression, bien avant que la guerre de 2020 ne rappelle brutalement la fragilité de l’Arménie.


Dès les années 1980, alors que le sujet du génocide arménien restait tabou dans une sphère diplomatique sensible au chantage d’Ankara, Patrick Devedjian fut l’un des rares députés à porter la parole d’une reconnaissance officielle. Il fut de tous les combats : ceux des années 80 pour la défense des résistants arméniens,  celui de 2001 pour la loi française reconnaissant le génocide ; celui de 2006 pour la pénalisation de sa négation ; celui de 2011 encore, aux côtés des arméniens de toutes sensibilités, pour faire entendre que l’histoire n’est pas à négocier. Proche du CCAF il assistait à toutes ses mobilisations.
Il ne craignait ni les intimidations, ni les frilosités de certains gouvernements soucieux de « ne pas froisser » l’allié turc de l’OTAN. Il disait simplement ce que la vérité exigeait. Dans l’hémicycle, à la tribune des médias, ou lors de cérémonies de commémoration .


Son engagement se traduisait aussi par un soutien fort au Haut-Karabakh, qui n’avait pas encore été rayé de la carte de son vivant. Sa lucidité sur les menaces turco-azerbaïdjanaises était toutefois sans concession. Il comprenait que la reconnaissance du génocide ne se limitait pas à une dimension mémorielle, mais qu’elle constituait aussi et surtout une ligne de front permanente pour le droit à l’existence de l’Arménie et plus généralement celui du peuple arménien à vivre libre sur ses terres ancestrales.
Cinq ans après sa disparition, Patrick Devedjian manque. Il manque aux Arméniens de France, qui ont perdu avec lui un défenseur loyal, avisé et respecté. Il manque à la politique française, dont il enrichissait l’expression par sa rhétorique stylée et sa grande culture historique. Il manque enfin à cette idée républicaine d’universalité, qu’il incarnait avec cohérence et talent.

Ara Toranian