Eurovision 2024 : Ladaniva, un duo de Lille, représentera l’Arménie pour « faire kiffer les gens » Հայաստանը Եվրատեսիլում կներկայացնի ԼադաՆիվա

Eurovision 2024 : Ladaniva, un duo de Lille, représentera l’Arménie pour « faire kiffer les gens »

INTERVIEW•Jaklin Baghdasaryan et Louis Thomas ont créé le duo Ladavina en 2019, à Lille. Avec leur chanson « Jacko », ils représenteront l’Arménie en mai à l’Eurovision. A deux mois du concours, ils en disent plus à « 20 Minutes »

Jaklin Baghdasaryan et Louis Thomas forment le duo Ladaniva qui représentera l’Arménie à l’Eurovision 2024.

Jaklin Baghdasaryan et Louis Thomas forment le duo Ladaniva qui représentera l’Arménie à l’Eurovision 2024. - PIAS / Eurovision.tv

Fabien Randanne

Propos recueillis par Fabien Randanne

Publié le 13/03/2024 à 09h36 • Mis à jour le 13/03/2024 à 11h07

L’essentiel

  • Le duo Ladaniva, qui réunit Jaklin Baghdasaryan et Louis Thomas depuis 2019, représentera l’Arménie à l’Eurovision 2024 avec la chanson « Jako ».
  • « Jako, c’est mon surnom. Petite, je faisais un peu tout ce qui me passait par la tête et, parfois, ça dérangeait, raconte Jaklin à 20 Minutes. Quand on est une fille en Arménie, il faut se comporter d’une certaine façon, s’habiller d’une certaine manière. J’aime la tradition dans la chanson – on le ressent dans notre musique. Mais quand la tradition devient un obstacle à la liberté des femmes, je ne l’accepte plus. »
  • Si Louis compare l’Eurovision à « une Coupe du monde de la musique », le duo n’y va pas dans un esprit de compétition. « Cela me fait plaisir que le peuple arménien nous soutienne et nous encourage », confie Jacklin.

Eurovision 2024 : Ladaniva, un duo de Lille, représentera l’Arménie pour « faire kiffer les gens »

«Lille est la ville où je suis né », nous déclare Louis Thomas. « C’est la ville où je me suis installée et qui m’a fait grandir », embraye l’arméno-biélorusse Jaklin Baghdasaryan. C’est aussi là que les deux artistes de 36 et 26 ans se sont rencontrés et ont donné naissance, en 2019, à leur duo, Ladaniva. Leur musique mêle sonorités folkloriques et instruments des Balkans avec succès. Le clip de leur morceau Kef Chilini, sorti il y a six ans, approche des 30 millions de vues sur YouTube. Le duo a sorti son premier album éponyme l’an passé, sur lequel figure Jako, la chanson avec laquelle il représentera l’Arménie à l’Eurovision, à Malmö (Suède), en mai.

La rumeur dit que vous aviez été déjà pressentis pour représenter l’Arménie à l’Eurovision. C’est exact ?

Louis : C’est même la troisième année consécutive qu’on nous le propose. La première fois, c’était en 2022.

Jaklin : Là, toutes les étoiles se sont alignées.

L. : Que ce soit nous ou Arménie 1, le diffuseur qui gère la délégation, cette année, nous étions tous d’accord sur la chanson avec laquelle on devait participer.

Quelle est l’histoire de « Jako » ?

J. : Louis a composé la musique et j’ai écrit le texte en arménien. Jako, c’est mon surnom. Petite, je faisais un peu tout ce qui me passait par la tête et, parfois, ça dérangeait. Quand les hommes discutaient autour de la table, on me disait : « Jako, tais-toi ! N’entre pas dans les discussions ». Quand on est une fille en Arménie, il faut se comporter d’une certaine façon, s’habiller d’une certaine manière. A 13 ans, je n’avais pas envie de tout ça, je voulais être libre. J’aime la tradition dans la chanson – on le ressent dans notre musique –, elle fait partie de moi. Mais quand la tradition devient un obstacle à la liberté des femmes, je ne l’accepte plus.

La mélodie, sur la version album, a un rythme de maloya (un style musical et une danse de la Réunion), avec des instruments des Balkans. Vous l’avez retravaillée pour l’Eurovision. Qu’avez-vous changé ?

L. : Le rythme maloya et les gammes balkaniques ont été conservés. En accord avec les intervenants de la délégation arménienne, on a changé une structure pour rendre le morceau plus impactant et on a ajouté un dohol, une percussion arménienne. On avait déjà établi des ponts entre le maloya et certaines musiques arméniennes qui ont en commun leur rythme 6/8. Elles ne se dansent pas de la même manière mais ce sont les mêmes appuis. Quand on joue ces rythmes à La Réunion ou en Arménie, tout le monde danse, alors qu’en France métropolitaine, c’est un peu moins évident pour les gens (rires).

Louis, vous êtes Français, et vous, Jacqline, vous avez des origines arméniennes et avez vécu en Biélorussie, c’est cela ?

J. : Je suis née en Arménie et, quand j’avais 3 ans, je suis partie en Biélorussie où j’ai grandi jusqu’à mes 18 ans. Mais l’Arménie a toujours été présente dans ma famille, je n’ai cessé de m’impliquer dans la communauté arménienne, je chantais, je dansais. Je me sens bien plus proche de la culture arménienne.

Représenter l’Arménie à l’Eurovision est une manière de vous reconnecter à vos racines ?

J. : Pas vraiment, parce que je le fais déjà en composant et en chantant. On ne ressent pas l’Eurovision comme une compétition, on veut y aller pour faire kiffer les gens, les Arméniens, les Européens, être dans la bonne humeur. Cela me fait plaisir que le peuple arménien nous soutienne et nous encourage. Petite, je regardais l’Eurovision avec ma sœur et ma mère, je ne m’imaginais pas m’y retrouver un jour.

Et vous Louis, vous regardiez l’Eurovision ?

L. : Pas du tout. Je vois cela comme une sorte de Coupe du monde de la musique, comme un événement sportif un peu compétitif. Ce côté concours ne correspond pas à mon approche de la musique, mais bon, ça va être marrant.

En tant que Français, représenter l’Arménie vous amuse, vous donne une responsabilité ?

L. : Un peu les deux. L’Arménie est arrivée tard dans ma vie, lorsque j’ai rencontré Jakline et en formant ce projet, mais les Arméniens du monde sont nos premiers auditeurs.

J. : C’est grâce à eux que l’on a beaucoup avancé.

L. : Pendant le confinement, on a posté des vidéos sur Internet et ce sont les Arméniens et la diaspora arménienne qui ont massivement cliqué et se sont intéressés à ce que l’on faisait. Ils nous ont permis de nous entourer professionnellement et de faire des concerts à fond après le déconfinement. On a envie de remercier les Arméniens depuis le début qu’on fait cette musique et eux nous remercient d’amener la musique arménienne dans le reste du monde.

Vous participerez à la seconde demi-finale de l’Eurovision, le 9 mai. La France pourra voter à cette occasion. Vous vous attendez à ce que la diaspora se mobilise ?

J. : Oui. Notre passage sur scène va durer 2 minutes 30, ça va être court. Mais on espère que ce moment va leur plaire, les amuser. On les remercie d’avance pour le soutien qu’ils vont nous apporter.

Parmi les autres chansons en lice, celle de la Grèce, « Zari », mêle aussi des sonorités folkloriques et des instruments traditionnels à des sons plus contemporains…

J. : On adore [Marina Satti qui représentera la Grèce]. On l’a découverte dans une émission où elle a chanté en polyphonie, c’était incroyable.

L. : On l’a déjà vue en concert.

J. : On a le même tourneur, du coup on s’est croisés dans des festivals.

Vous envisagez de contacter Slimane qui, lui, représentera la France ?

J. : Nous, on est OK pour rencontrer tout le monde. Si les gens sont ouverts, les rencontres se feront naturellement. On va aller vers tous. On amènera nos instruments, on fera de la musique à fond et ça peut réunir les gens.

Serge Tateossian le 14/03/2024 Source : 20 minutes