Dîner du CCAF : Un nouveau succès
Dîner du CCAF : Un nouveau succès
–
par
Actualités, Communauté, Non classé
©armenews.com

L’affiche est belle. Très belle même et les Arméniens ne peuvent que s’en réjouir. Le 27 janvier au soir, plus de quatre cents personnes se sont retrouvées à l’Hôtel du Collectionneur dans le 8e arrondissement de Paris. Quelques semaines avant que cette prestigieuse institution ne ferme ses portes, le temps d’effectuer quelques travaux. Dans les salons chics et feutrés de ce lieu Art-Déco, les convives profitent de la première partie de soirée – un cocktail – pour se retrouver. Et constater que les responsables politiques français ont répondu à l’invitation. Période électorale oblige sans doute mais pas que. Chaque année, depuis sa création, en 2001, ce Conseil qui rassemble – toujours – la plupart des organisations arméniennes de France pèse de plus en plus, comme l’a rappelé la maire de Paris, Anne Hidalgo, dans son dernier discours en tant qu’édile.

Il n’est donc pas étonnant qu’invités, l’ancien président de la République, François Hollande, le président du Sénat, Gérard Larcher, les ex-Premiers ministres Edouard Philippe et Bernard Cazeneuve, les principaux responsables politiques du pays dont Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau pour les LR, Olivier Faure pour le PS,

Marine Tondelier pour les Ecologistes, Eric Ciotti pour l’UDR et Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France aient répondu présents. Les anciens ministres Guillaume Kasbarian et Astrid Panosyan-Bouvet ont assisté également à cette première partie de soirée. Ils ont été rejoints par Anne Hidalgo et trois candidats à sa succession : Pierre-Yves Bournazel, Emmanuel Grégoire et Sarah Knafo. De nombreux élus ont aussi profité de ce moment pour échanger dont Patrick Karam, les eurodéputés François-Xavier Bellamy et Nathalie Loiseau, les sénateurs Valérie Boyer, Gilbert-Luc Devinaz, Christian Cambon, Hervé Marseille; des députés comme Etienne Blanc, Isabelle Santiago, Sylvain Maillard, Florence Provendier, Constance Le Grip; des maires ou adjoints au maire – Luc Carvounas, Delphine Burkli, Jeanne D’Hauteserre, Philippe Goujon, Pascal Doll, Arnaud Ngatcha, Anouch Toranian, Arthur Khandjian… Ils ont retrouvé d’ex-élus comme Georges Kepenekian, candidat dans un arrondissement de Lyon, François Pupponi, François Rochebloine ou René Rouquet.

Marc Guillaume, le préfet d’Ile-de-France a répondu à l’invitation. Des représentants des Kurdes du CDKF, du CRIF, des Chypriotes et des Assyro-Chaaldéens tout comme des membres des différents cultes en France ont assisté au dîner. Il a débuté peu après vingt heures. Le temps pour le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez accompagné des ministres et ministres délégués – David Amiel, Michel Fournier, Sébastien Martin, Philippe Tabarot, Benjamin Haddad, Alice Rufo – d’arriver. Le Premier ministre a retrouvé cette partie de son gouvernement, un peu plus tard dans la soirée.
Le monde du spectacle était représenté, entre autres par Alain Terzian, Elsa Zylberstein, André Manoukian, Mathieu Madénian, Corinne Zarzavatdjian ou Tamara Stepanyan. Parmi les journalistes, on a pu apercevoir Jean-Christophe Buisson, Franz-Olivier Giesbert, Valérie Toranian, Olivier Weber, Achren Verdian etc. et Yves Ternon, Raymond Kevorkian, Claire Mouradian, Claude Mutafian, Stéphane Hasbanian, Michel Marian, Gorune Aprikian, Henry Cuny, Vincent Nioré, Frédéric Encel, Fabrice Balanche parmi les nombreuses figures intellectuelles… Enfin, si les représentants associatifs arméniens et les personnalités de la communauté, étaient venus nombreux dont Hovhannès Guévorkian, Nadia Gordzounian, Alexis Govciyan, tout comme des personnalités dont François et Sophie Devedjian, Elise Boghossian, Armen Pétrossian et son épouse.

C’est Chloé Nabédian, ex-miss Météo et auteur d’un récent ouvrage sur l’écologie, qui, cette année, a joué les maîtres de cérémonie. Dans un court préambule, elle a salué les principales personnalités présentes et, surtout, a rappelé que si quatre otages arméniens venaient d’être libérés des geôles azerbaidjanaises, il en restait dix-neuf. « 19 personnes, prisonniers politiques, prisonniers de guerre et civils, demeurent détenues et subissent des traitements contraires à toutes les normes internationales, pour la seule raison qu’ils sont arméniens. Leur sort ne peut nous laisser indifférents. Ils ne sont pas des chiffres, ils sont des pères, des fils, des frères. Leur libération doit demeurer une priorité absolue. Nous ne pouvons accepter que des hommes et des femmes soient torturés et maintenus en détention arbitraire au mépris du droit international.

Porter ces voix, défendre ces causes, exige une organisation forte et légitime. C’est pourquoi ce soir marque également un moment important pour le CCAF qui engage une profonde réforme de sa structure, avec des élections internes. Cette transformation vise à ouvrir leur conseil au plus grand nombre, à le rendre encore plus démocratique et représentatif. » Elle a invité l’assemblée à se saisir du menu sur lequel figurent un QR code pour s’inscrire aux prochaines élections du CCAF qui se tiendront les 6, 7 et 8 février prochain et l’autre pour récupérer les photos de cette soirée. Il faut faire vite. Les inscriptions prennent fin le 30 janvier prochain.
« Ce dîner n’est pas seulement un moment de convivialité. C’est un acte de mémoire, de solidarité et d’espérance. C’est la démonstration que la France, fidèle à ses principes, ne détourne jamais le regard face à l’injustice. », a-t-elle conclu avant de donner la parole à Ara Toranian afin que lui et Mourad Papazian remettent la médaille du courage au président du Sénat.

Remise de la médaille du courage à Gérard Larcher
« C’est un immense honneur, et non pas moins un grand plaisir, de vous remettre ce soir la médaille du courage du CCAF, a affirmé Ara Toranian. Par ce geste, le CCAF a souhaité vous exprimer sa profonde reconnaissance pour votre engagement constant, clair et assumé en faveur de l’Arménie et de l’Artsakh. Vos prises de position, vos initiatives parlementaires et vos déplacements en Arménie ont témoigné d’une solidarité concrète et d’une fidélité aux valeurs de justice, de droit et de dignité des peuples. Nous souhaitions exprimer ainsi notre reconnaissance au Sénat pour les trois résolutions qui ont été votés, depuis 2020. Celle du 25 novembre 2020 portant sur la nécessité de reconnaître la République du Haut-Karabagh (Artsakh). Celle du 15 novembre 2022 — appelant à appliquer des sanctions contre l’Azerbaïdjan, à exiger le retrait de ses troupes du territoire arménien, à faire respecter le cessez-le-feu du 9 novembre 2020 et à favoriser une paix durable. Celle du 17 janvier 2024 condamnant l’offensive militaire de l’Azerbaïdjan au Haut-Karabakh du 19-20 septembre 2023, appelant à des sanctions, et demandant la garantie du droit au retour des populations arméniennes.
Nous voudrions également exprimer notre gratitude aux présidents de Groupes qui ont adopté ces résolutions à l’unanimité, moins une voix. Monsieur Hervé Marseille, Monsieur Patrick Kanner, Monsieur Guillaume Gontard, Madame Eliane Assassi et un remerciement très particulier à Bruno Retailleau, président fondateur du groupe d’information internationale sur le Haut Karabakh, qui a joué un rôle déterminant dans ces initiatives. »
La réponse de Gérard Larcher

Le président du Sénat a exprimé sa « gratitude » et son « émotion». « L’émotion que l’on éprouve lorsque l’on a devant soi les héritiers et les descendants d’une culture, d’une identité forgée en partie grâce au christianisme, d’une histoire et d’une civilisation plus que millénaires, vivantes grâce à vous, dans la France que vos parents et grands-parents, arrière-grands-parents, ont adoptée et qui les a également adopté !
Une émotion aussi quand on sait les menaces qui, dans le passé et plus encore dans le présent, entourent cette civilisation, la terre d’Arménie, l’Etat arménien, les Arméniens, leur culture et leur nation.
Dans l’Arménie toute entière, dans l’histoire de chacun des Arméniens, existe une part d’humanité vibrante, une voix profondément humaine qui résonne comme un précipité de notre histoire à tous, de nos maux, de l’Espérance aussi.
Dans l’Arménie et dans tout Arménien, existe une part d’universalité.
(…) Le courage, il appartient à ceux qui ont du combattre le pays agresseur, l’Azerbaidjan, qui ont été blessés, à leurs familles; à ceux qui ont eu à souffrir l’angoisse de proches menacés, la douleur de parents disparus, les affres de la distance; à ceux qui, à un moment ou un autre dans leur histoire, furent contraints de fuir la terre de leurs ancêtres.
Il existe une dimension physique et morale, spirituelle même, du courage qui n’appartient qu’aux Arméniens.
Mais il peut exister aussi une dimension collective du courage, dans l’action politique. Vous m’autoriserez donc à considérer que cette distinction s’adresse avant tout au Sénat dans son ensemble, à la fois dans l’exercice de sa fonction parlementaire et en sa qualité d’Assemblée des territoires- je vois combien les élus locaux sont nombreux ce soir, et je tiens à leur rendre hommage.
Pour plaider et défendre la cause arménienne, nombre d’entre eux ont surmonté bien des obstacles, et laissé de côté les préventions qu’on leur opposait.
( …) L’action du Sénat a souvent devancé celle du gouvernement. Elle a souvent aiguillonné le gouvernement :
-Pour condamner l’emprisonnement et les procès arbitraires, et réclamer la libération des prisonniers de guerre aux mains des autorités azéries – cette demande est plus que jamais nécessaire : nous demandons, nous exigeons leur libération immédiate !
-Pour que des sanctions soient prises à l’encontre des autorités azéries et que l’U.E. cesse de nouer avec elle des accords en matière d’hydrocarbures, accords qui la déshonorent.
-Pour que la France renforce de façon conséquente son aide militaire à l’Arménie, afin qu’elle soit à même de dissuader toute nouvelle agression, de mieux se défendre et d’assurer sa sécurité.
-Pour dénoncer les déplacements forcés des populations arméniennes, l’épuration ethnique appliquée au Haut-Karabagh, ses églises défigurées, la destruction de son patrimoine culturel, la volonté d’effacement de toute trace de présence arménienne sur ces terres. Et pour que l’UNESCO fasse appliquer la Convention de 1954 sur la protection des biens culturels lors de conflits armés.
-Enfin, pour que le droit au retour des personnes déplacées par la force, conformément aux règles internationales, puissent s’exercer dans des conditions de sécurité complètes : rappeler le droite et la norme n’est jamais une insulte à la réalité !
(…) Après tant de souffrances, qui plus que l’Arménie et les Arméniens veulent la paix ?
Mais face à la réthorique agressive des autorités azéries; face au double langage; face au désesquilibre du rapport de force, aux dépends de l’Arménie, alors que les militaires azéris occupent toujours 200 km 2 de son territoire souverain, on peut à juste titre s’interroger : l’agresseur d’hier, le vainqueur plus puissant, veut-il vraiment la paix ?
(…) Je puis vous affirmer que le Sénat est à votre écoute et partage vos inquiétudes. Je puis vous assurer que le Sénat n’hésitera pas, non plus, à aiguillonner à nouveau le gouvernement ! Dans un monde chaotique où une urgence chasse l’autre; la chape de l’indifférence ou de la résignation silencieuse ne s’abattra pas sur la cause arménienne. »
Cette prise de parole a été suivie par celle du ministre de l’Intérieur au nom du gouvernement, Laurent Nunez.

Discours de Laurent Nunez
[Seul le prononcé fait foi]
« C’est pour moi un grand honneur et une grande joie de m’adresser à vous ce soir. Le dîner annuel du CCAF est un moment fort, qui permet de célébrer non seulement la relation particulière qui unit la France et l’Arménie, mais aussi et surtout notre part indissoluble d’arménité.
Celle-ci est le fruit d’une histoire commune. Cette relation a encore été renforcée à l’épreuve du génocide qui a frappé les Arméniens, comme en témoigne notamment l’épisode du Musa Dagh, en 1915. Des milliers d’Arméniens ont résisté héroïquement à la menace du génocide, avant d’être sauvés par les marins de l’amiral Dartige du Fournet, ainsi que le rappelle la plaque commémorative posée à Erevan en mai dernier par le Ministre des affaires étrangères, en présence de nos élus. N’oublions pas que les Arméniens du Musa Dagh ont ensuite fait montre d’une fidélité sans faille, en continuant le combat aux côtés de la France. Cette relation particulière est aussi portée par un idéal commun, qu’ont défendu jusqu’au bout les membres du groupe de Missak Manouchian, morts pour la France sous les balles nazies. En 2024, la France leur a rendu hommage, en les faisant entrer au Panthéon en même temps que dans la mémoire collective. Cette relation particulière est enfin nourrie par la proximité entre les peuples français et arménien, dont les 600 000 Français d’origine arménienne sont l’image bien vivante.
Cette année, le dîner du CCAF intervient à un moment charnière pour l’Arménie. Des accords importants ont été conclus en août dernier entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sous l’égide des Etats-Unis et avec le soutien européen pour avancer sur le chemin de la paix. Des progrès concrets ont été réalisés à travers de premiers accords sur la délimitation de la frontière entre les deux pays, et – pour la première fois depuis près de 40 ans – des livraisons de marchandises par le territoire de l’Azerbaïdjan à destination de l’Arménie et des discussions autour de projets de coopération transfrontalière. Nous saluons également la libération de quatre prisonniers arméniens détenus à Bakou et appelons à la libération de toutes les personnes détenues arbitrairement dans le pays. L’Arménie perçoit les premiers bénéfices de cette approche courageuse : les armes se sont tues ; de nouvelles perspectives de coopération s’ouvrent avec les États voisins et, au-delà, avec l’Europe. Ces avancées sont porteuses d’espoir. L’espoir qu’une paix juste et durable, respectueuse du droit international, soit enfin établie après des décennies de conflit. L’espoir que s’ouvre une période nouvelle pour le Sud-Caucase, faite de paix et de prospérité.
La France soutient pleinement cette dynamique de paix. Cette dynamique correspond au choix du gouvernement arménien pour assurer la souveraineté et l’indépendance du pays. Je voudrais saluer la détermination, le courage et le sens des responsabilités avec lesquels le Premier ministre arménien, M. Nikol Pachinian, conduit cette démarche. Elle doit aboutir notamment à l’ouverture des voies de communication régionales, dans le respect de la souveraineté des Etat et à l’ouverture des frontières, actuellement fermées, qui permettront de faire de la région un espace de coopération et d’échanges, connecté à l’Union européenne.
Alors que le Caucase du sud subit le contrecoup de la guerre d’agression russe en Ukraine, la paix naissante doit être défendue par tous.
Dans ce contexte, l’Arménie peut compter sur le soutien indéfectible de la France. Soutien à sa souveraineté, son intégrité territoriale et son indépendance, avant tout. Comme vous le savez, notre coopération en matière de défense s’est considérablement approfondie ces dernières années, avec l’objectif d’accompagner et de soutenir la modernisation de l’armée arménienne.
Vous le savez, la France a également répondu présente lorsque les Arméniens du Haut-Karabagh ont été forcés de fuir leurs terres et leurs foyers. Le gouvernement français a mobilisé près de 32 millions d’euros d’assistance humanitaire, nous plaçant au premier rang des contributeurs.
La France, enfin, soutient le développement économique de l’Arménie, en appuyant la construction d’infrastructures stratégiques tels que la route Nord-Sud et des projets-clefs dans les secteurs de l’énergie et de l’eau. Nous continuerons aussi de contribuer au développement de la connectivité régionale, y compris en mobilisant les entreprises françaises.
Je voudrais rendre ici un hommage appuyé aux collectivités territoriales et aux organisations de la société civile, dont l’action est un pilier essentiel de notre relation avec l’Arménie. Combien de projets à caractère économique, éducatif, scientifique ou culturel ont-ils été menés à bien par nos collectivités sur tout le territoire arménien en allant jusqu’aux zones les plus reculées ou vulnérables ! L’Arménie offre un exemple accompli de complémentarité entre les efforts de l’Etat et ceux des collectivités et du réseau associatif.
Notre soutien doit à présent se déployer pour protéger la démocratie arménienne des ingérences extérieures, comme on les a vues à l’œuvre dans des élections récentes en Moldavie ou en Roumanie. Il s’agit de contribuer à fortifier la résilience de la démocratie arménienne en l’aidant à lutter contre la désinformation, les cyberattaques, les achats de voix et les manipulations de toute sorte. Nous avons mobilisé nos partenaires à cet effet et l’octroi d’une nouvelle tranche de la facilité européenne de paix au bénéfice de l’Arménie permettra de mobiliser des moyens supplémentaires.
En parallèle, l’Arménie a résolument décidé de se tourner vers l’Europe parce qu’elle y voit son avenir et la possibilité de vivre selon des valeurs partagées. C’est au nom de ces valeurs et de notre amitié que la France s’emploie quotidiennement et inlassablement à agir en faveur du renforcement de la relation entre l’Union européenne et l’Arménie.
Cette mobilisation porte ses fruits. Le nouvel Agenda stratégique de partenariat entre l’Union européenne et l’Arménie a été adopté le 2 décembre dernier et consacre le renforcement de la relation dans des secteurs-clefs pour la souveraineté et la résilience de l’Arménie. En septembre 2024, le dialogue sur la libéralisation des visas entre l’Union européenne et l’Arménie s’est ouvert et devra faciliter encore davantage les échanges entre nos peuples. Enfin, l’Union européenne restera engagée en faveur de la paix : la mission EUMA continuera d’agir pour la stabilité de la frontière aussi longtemps que nécessaire et la France continuera de se mobiliser pour que l’Arménie puisse de nouveau bénéficier de la Facilité européenne de paix.
L’année 2026 sera jalonnée d’échéances majeures pour l’Arménie et ses relations avec la France et l’Union européenne. Le sommet de la CPE le 4 mai prochain à Erevan, en présence des chefs d’Etat et de gouvernement, marquera l’importance que l’Europe attache à l’Arménie. Il sera suivi du tout premier sommet Union européenne-Arménie. La COP 17 d’octobre 2026 puis les Jeux de la Francophonie en 2027 – pour l’organisation desquels la France soutient l’Arménie- contribueront également au rayonnement international du pays.
Alors que le monde est en proie à la brutalisation, alors que le droit international est bafoué dans ses principes fondateurs, alors que certains tentent d’ériger la loi du plus fort en modèle, il est des pays et des peuples qui forcent l’admiration.
Il est des pays et des peuples qui malgré les plaies béantes de l’Histoire, regardent l’avenir avec courage et détermination.
Il est des pays et des peuples qui maintiennent le cap de la démocratie dont ils savent qu’elle sera la plus fidèle garante de la paix à laquelle ils aspirent.
L’Arménie est de ces pays-là. Et l’Arménie sait pouvoir compter sur la France, aujourd’hui comme demain.
Vive la France, vive l’Arménie, vive l’amitié franco-arménienne ! »
Les paroles d’Ara Toranian, coprésident du CCAF

« Il y a juste une semaine, Nikol Pachinian Premier ministre d’Arménie et Ilham Aliev président de l’Azerbaïdjan, recevaient le prix Zayed pour la fraternité humaine. Ce prix prestigieux discerné aux Emirats arabes unis, voulait ainsi saluer « l’accord de paix historique entre la République d’Azerbaïdjan et la Rébublique d’Arménie » signé le 8 aout à Washington, sous l’égide du président Trump.
Dans un monde ravagé par les conflits, dans un temps où les images de villes bombardées et de populations déplacées envahissent nos écrans, il serait bien sûr tout à fait malvenu de ne pas se féliciter d’un accord de paix, aspiration commune à tous les peuples.
Les Arméniens ne font pas exception à la règle, eux qui ont payé le plus lourd tribut en pertes civiles de la Première guerre mondiale avec le génocide de 1915 : un million cinq cent mille morts, 25 ans avant le génocide des Juifs, la Shoah.
Sans compter les centaines de milliers de morts des massacres de 1894-1896 ou de 1909.
Sans compter les 300 000 Arméniens morts dans la lutte contre le nazisme.
Sans compter les morts de première guerre du Karabakh.
Sans compter les pogroms de Soumgaït, de Bakou, de Kirovabad en Azerbaïdjan.
Sans compter ceux de la guerre des 44 jours de 2020.
Sans compter le nettoyage ethnique de 2023. Le cimetière de Yerablour en témoigne tragiquement.
Après tant d’épreuves, de souffrances et de douleurs, qui se sont à chaque fois traduites par la perte d’autant de territoires vidés de leur population autochtone arménienne, grecques, assyro-chaldéennes, chrétiennes de toute obédience, Yézidis, et immédiatement remplacées, comment ce qu’il reste de l’Arménie ne souhaiterait-il pas la paix ? Qui ne voudrait pas de la paix ?
D’ailleurs l’Arménie a-t-elle le choix ? De quelle marge de manœuvre dispose ce petit pays de 3 millions d’habitants, face à un Azerbaïdjan qui en compte 4 fois plus ou à une Turquie de 80 millions d’âmes ? De quelle alternative dispose-t-elle face au panturquisme, alors qu’elle se sait de surcroiî isolée, en délicatesse avec la Russie depuis la Révolution de couleur de 2018 et soutenue du bout des lèvres par un Occident qui, hormis la France, merci la France, a d’autres chats à fouetter, n’est-ce pas ?
Une question se pose, toutefois : Si le CCAF a inscrit dans sa charte son attachement à la paix et au règlement pacifique des conflits, ces principes doivent-il cependant conduire à la soumission, à la dhimmitude, à la naïveté et occulter un certain nombre de réalités ? La première est que le document présenté le 8 août à Washington, outre le flou sur la fameuse route Trump, n’est toujours pas signé. Il n’a été que paraphé. Six mois après, l’accord reste donc à confirmer.
La deuxième réalité est qu’Ilham Aliev continue de tenir un double langage. Un discours rassurant à Davos, où il met en avant la paix et les perspectives économiques qui en découlent. Et un discours agressif à Bakou où il continue d’évoquer l’Azerbaïdjan occidental pour parler de l’Arménie et affirmer que le droit résulte de la force. Selon le dernier rapport des services arméniens, cette rhétorique a même augmenté de 36% par rapport au début de l’année précédente.
La troisième réalité est que les droits des 120 000 Arméniens d’Artsakh, chassés d’une terre où ils vivaient depuis l’Antiquité, sont toujours bafoués, alors même qu’ils ont été reconnus par la Cour Internationale de justice.
La quatrième réalité est que la Turquie, qui forme comme on le sait avec l’Azerbaïdjan deux Etats pour une même nation, continue de nourrir la nostalgie de l’Empire ottoman : négationnisme d’Etat sur le génocide de 1915, écrasement de ses minorités, menaces en Méditerranée, occupation de Chypre, propagation de l’antisémitisme, main mise sur la Syrie, avec des tueries contre population alaouïtes et kurdes, en ce moment même à Kobané.
La cinquième réalité est que l’Azerbaïdjan continue d’occuper illégalement plus de 200 km2 du territoire souverain de l’Arménie, et que ses positions dominantes lui permettent de tenir en joue la population locale.
La sixième réalité, enfin, résume toutes les autres. C’est la question des otages arméniens à Bakou. 19 ex- présidents, ministres et haut-gradés de la République du Haut-Karabakh traînés sur le banc des accusés d’un tribunal de Nuremberg inversé, où les occupants jugent les résistants.
Quelle paix pourrait-elle se bâtir sans le règlement de cette question et le retour dans leurs familles de ces hautes personnalités ?
La question n’est donc pas aujourd’hui d’applaudir à un accord qui résulte d’un rapport de forces caricaturalement inégal, mais de continuer à marquer notre soutien et notre solidarité avec la partie arménienne. Une Arménie qui négocie sous la menace. Avec un pistolet d’Aliev sur une tempe. Et un pistolet d’Erdogan sur l’autre.
Lors de son discours à Bormes-Les-Mimosa le 17 août dernier, le président de la République déclarait à propos de l’Ukraine : « Nous ne pouvons pas être du côté de la reconnaissance de la loi du plus fort. (…) Nous voulons la paix : une paix robuste, durable, précédée par la restitution des prisonniers, des innocents, et qui respecte la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les pays ». Ces principes sont universels. Ils doivent valoir aussi pour l’Arménie.
C’est en respectant les droits de l’Homme et la justice que la paix peut paver la voie à la réconciliation, seul modèle pérenne, comme le montre l’exemple franco-allemand. Dans cet esprit, il faut saluer toutes les résolutions, dont celle prise à l’unanimité par le Conseil de Paris, pour la libération des otages arméniens, merci Anne Hidalgo, Arnaud Ngatcha et Alexis Govciyan ici présents. De la même manière qu’il faut saluer un vote similaire à Nice, un autre prévu par la Région Île-de-France, merci à Patrick Karam avec nous ce soir, ainsi que l’initiative du groupe d’amitiés France-Arménie à l’Assemblée nationale qui va déposer en février une résolution au Parlement pour la libération des prisonniers arméniens. Merci au groupe d’amitié France-Arménie et à son président Laurent Wauquiez, ici présent !
La paix véritable ne naît pas de la peur. Elle naît du droit.
Elle ne s’enracine pas dans l’oubli. Elle se fonde sur la justice.
Elle ne se bâtit pas sur la faiblesse. Elle se construit sur la dignité.
Enfin, soyons clairs : en ce qui nous concerne, la réconciliation avec la Turquie, que nous appelons de nos vœux, ne pourra jamais se faire sans la reconnaissance du génocide arménien.
Sachant que quand la vérité recule, que l’impunité triomphe, c’est la prédation qui continue. Encore et encore. »
Mourad Papazian, coprésident du CCAF, a, à son tour, pris la parole.

« Nous sommes réunis ce soir dans cette salle, libres de parler, libres de nous rassembler, libres d’espérer. Mais ce privilège que nous chérissons ici, à Paris, 120 000 Arméniens de l’Artsakh ne le connaissent plus. Ils ont été chassés de leur terre ancestrale. Arrachés à leurs foyers. Dépouillés de leur histoire. Et le monde… Le monde a regardé ailleurs. Permettez-moi de vous le dire avec toute la force de notre conviction : nous sommes révoltés. Nous sommes révoltés. Et nous avons le devoir d’être révoltés !
Révoltés face à cette guerre que l’Azerbaïdjan a imposée à l’Arménie avec la complicité active de la Turquie, avec des armes sophistiquées, des drones, des armes à sous-munitions, des bombes au phosphore blanc, des milliers de Djihadistes – une coalition de la honte qui a frappé un petit peuple pacifique.
Et qu’a fait la communauté internationale pour arrêter le massacre ?
Nous sommes révoltés face à ce blocus criminel de neuf mois – neuf mois ! – qui ont étranglé 120 000 êtres humains dans l’Artsakh. Neuf mois sans nourriture suffisante, sans médicaments, sans fuel en plein hiver. Des enfants privés de lait. Des malades privés de soins. Des vieillards qui mouraient de froid. Le corridor de Latchin fermé en violation flagrante de tous les accords internationaux. Et qu’a fait l’Europe ? Elle a continué à négocier des contrats gaziers avec Bakou.
Révoltés face à l’épuration ethnique – oui, j’emploie ces mots terribles parce qu’ils sont justes – la première épuration ethnique du XXIe siècle ! En septembre 2023, en quelques jours, 120 000 Arméniens ont dû tout abandonner et fuir. Leurs maisons, leurs églises millénaires, leurs cimetières, leur terre. Tout ! C’est un nettoyage ethnique méthodique, planifié, exécuté sous les yeux du monde. Et l’on ose parler d’ordre international fondé sur le droit !
Révoltés face à cette indifférence coupable de la communauté internationale. Révoltés Face à cette Union européenne qui se prétend gardienne des valeurs démocratiques mais qui serre la main du dictateur Aliev lors des sommets internationaux. Qui lui sourit. Qui pose à ses côtés pour les photographes. Qui signe avec lui des partenariats énergétiques comme si de rien n’était. Comme si cet homme n’était pas un criminel de guerre. Comme si son régime n’était pas une dictature féroce qui emprisonne, torture et tue.
Révoltés face au silence assourdissant de cette même communauté internationale sur le sort des prisonniers arméniens, ces otages – appelons-les par leur nom – détenus illégalement dans les geôles azerbaïdjanaises. Des hommes et des femmes humiliés, exhibés dans des vidéos de propagande. Où sont les sanctions ? Où sont les ultimatums ? Où est la Cour pénale internationale ? Où est le rapport de force que le monde a le devoir d’imposer au dictateur de Bakou ? Nulle part. Parce que l’Arménie est petite et que l’Azerbaïdjan a du gaz et du pétrole.
Et aujourd’hui, on impose à l’Arménie une « paix ». Une paix ! C’est choquant d’employer ce mot sacré pour désigner cette capitulation, cette reddition, cette paix qui n’en est pas une ! Une paix injuste, une paix humiliante, une paix qui hypothèque l’avenir de tout un peuple. Une paix qui n’est que le prélude à de nouvelles exigences, à de nouvelles menaces, à de nouvelles agressions. Mesdames et Messieurs, je pose la question qui nous hante tous : la loi du plus fort doit-elle s’imposer au mépris du droit et de la justice ?
Sommes-nous revenus à l’ère où la puissance militaire et les ressources pétrolières donnent tous les droits ? Où un dictateur peut affamer un peuple, le chasser de sa terre, emprisonner ses fils et ses filles, et recevoir en retour des poignées de main, des accolades choquantes, troublantes et des contrats juteux ?
Non ! Mille fois non ! Nous refusons cette fatalité ! Nous refusons cette loi de la jungle déguisée en Realpolitik !
L’Arménie est à genoux, c’est vrai. Mais un peuple à genoux peut se relever. Un peuple à genoux qui refuse de courber l’échine reste debout dans son cœur. Et nous, diaspora arménienne, nous sommes la voix de ce peuple. Nous sommes son écho dans les capitales du monde. Nous sommes sa mémoire vivante et sa conscience en alerte.
Car voyez-vous, l’alliance turco-azerbaïdjanaise a un plan. Un plan simple et terrible : mettre la main sur l’Arménie. Rendre l’Arménie dépendante du pan-turquisme. Pas seulement sur l’Artsakh. Mais sur l’Arménie elle-même. La strangulation continue. Le criminel qui est à la tête de l’Azerbaïdjan continue de considérer que l’Arménie n’est que l’Azerbaïdjan occidental. Le corridor de Zanguézour va se transformer en corridor du pan-turquisme. La Turquie pourra livrer des armes à l’Azerbaïdjan en empruntant le territoire de la République d’Arménie. Et des armes contre qui ?
Et dans ce contexte, la communauté internationale a appelé au « dialogue » et à la « désescalade ». Comme si l’agresseur et la victime étaient sur un pied d’égalité ! Nous refusons ce funeste plan. Nous refusons d’être les témoins passifs d’une nouvelle tragédie arménienne. Nous refusons de voir se répéter, en ce XXIe siècle qui se voulait civilisé, ce que nos grands-parents ont subi il y a un siècle. C’est pourquoi, ce soir, du fond de cette salle et du fond de nos cœurs meurtris mais jamais brisés, nous lançons un appel solennel.
Un appel au gouvernement français, héritier des Lumières et de la Déclaration des droits de l’homme, pays qui a accueilli tant d’Arméniens rescapés du génocide : ne laissez pas la petite Arménie seule face à l’ogre azerbaïdjanais ! Ne sacrifiez pas les principes sur l’autel du gaz et du pétrole ! La France a une voix en Europe, une voix au Conseil de sécurité de l’ONU. Qu’elle la fasse entendre avec force et clarté !
Un appel à toutes les forces politiques françaises, de gauche comme de droite ou du centre : l’Arménie n’est pas une question partisane, c’est une question de conscience. Unissez-vous pour défendre ce peuple qui ne demande que le droit d’exister en paix sur sa terre. Exigez des sanctions contre l’Azerbaïdjan. Exigez la libération immédiate des otages arméniens.
À l’Assemblée nationale, vous allez avoir l’occasion de voter une résolution transpartisane demandant la libération des otages.
Allez au bout de votre démarche.
Allez à Bakou et demandez à rendre visite aux otages.
Allez à Bakou et demandez au Président de l’Azerbaïdjan la libération des otages.
Dans les médias français, lancez l’appel pour leur libération.
Chers amis, Victor Hugo écrivait : « La liberté commence où l’ignorance finit. » Faisons en sorte que le monde ne puisse plus ignorer le calvaire du peuple arménien. Que chacun sache ce qui se passe. Que chacun comprenne ce qui se joue. Que chacun prenne ses responsabilités. Car – et je veux terminer sur ces mots du Général de Gaulle qui connaissait le prix de la résistance face à l’oppression – « La France a perdu une bataille, mais la France n’a pas perdu la guerre. » Transposons ces mots immortels : l’Arménie a perdu la guerre, mais l’Arménie n’a pas perdu son âme. L’Arménie a subi l’injustice, mais l’Arménie n’a pas renoncé à la justice. On a voulu humilier l’Arménie, mais l’Arménie garde sa dignité intacte.
Et nous, Arméniens de France et d’ailleurs, nous sommes les porteurs de cette flamme. Nous ne nous résignerons jamais. Nous ne nous tairons jamais. Nous combattrons pour la vérité, pour la justice, pour le droit de notre peuple à vivre libre sur sa terre ancestrale. Ensemble, avec détermination, avec courage, avec cette force que nous ont léguée nos ancêtres martyrs, nous nous opposons à ce plan funeste.
Ensemble, avec vous chers amis, nous vaincrons l’indifférence. Ensemble, nous vaincrons l’injustice. Ensemble, nous protégerons l’Arménie. Nous ne sommes pas ici pour pleurer sur nos ruines, mais pour rebâtir nos remparts. L’Arménie est à genoux, certes, mais elle est vivante. Elle a survécu aux empires, elle survivra aux dictateurs.
Vive l’Arménie libre et souveraine ! Vive le combat pour le droit au retour des Arméniens en Artsakh ! Vive la France, patrie des droits de l’homme ! Et vive l’amitié franco-arménienne ! »
Les mots très politiques d’Anne Hidalgo

La maire de Paris a été applaudie avant même son dernier discours.
« Je m’adresse à vous pour la dernière fois en tant que Maire de Paris, avec le sentiment d’avoir partagé avec vous, lors de ces deux mandats, de nombreux combats et de forts moments d’émotion. Ma proximité avec l’Arménie vient de loin dans ma vie, bien avant mon engagement en politique. Ce sont des souvenirs lyonnais de ces familles survivantes du génocide de 1915 et de leurs enfants, près desquels je vivais ; plus tard, l’histoire de ces résistants d’origine arménienne qui avaient risqué leur vie pour leur nouvelle patrie. L’histoire de Missak Manouchian, comme beaucoup d’autres, m’a profondément marquée. Je me suis forgée des convictions qui ne m’ont jamais quittée, républicaines, progressistes et humanistes, et j’ai également pris conscience de l’importance de la mémoire et de la transmission pour combattre les conséquences et les racines du génocide des arméniens.
Le CCAF, et avant lui le Comité du 24 Avril, sont nés de cette nécessité absolue, pour les jeunes générations, de faire reconnaître par la France le génocide de 1915, dont la date du 24 avril est devenue – et je salue cette avancée – une journée nationale de commémoration. J’ai l’honneur d’y participer chaque année. Quoi de plus important, dans les temps mauvais que nous traversons – ceux de la falsification de l’histoire et du négationnisme ? Cette nouvelle rhétorique de la fachosphère, qui feint l’indignation dès lors qu’on la démasque, ne vise qu’à brouiller les repères et à inverser les responsabilités.
Nous avons, nous, défenseurs de la mémoire des victimes des génocides, un humanisme exigeant, un attachement indéfectible à l’État de droit et aux valeurs républicaines. L’humanisme est la base, le socle de ce combat. Il repose sur une adhésion inconditionnelle à la reconnaissance universelle de la dignité humaine, sans distinction d’origine, de croyance ou de destin. Plus que jamais, nous nous devons d’être en alerte, d’être vigilants : c’est un devoir qui incombe à tous les démocrates, et ici en France, aux Républicains des deux rives. Les processus génocidaires sont toujours les mêmes.
Le mémorial de la Shoah travaille avec le mémorial du génocide à Erevan, ainsi qu’avec celui de Kigali. Ils nous enseignent que la déshumanisation des victimes est le principe. Cela démarre par les attaques contre les élites intellectuelles, je pense au Père Komitas ; puis par le déchaînement de la violence sur le peuple ciblé qui n’est plus considéré comme appartenant à l’espèce humaine.
Simone Veil, en 2010, s’adressant aux jeunes Ambassadeurs de la Shoah, nous interpelle en cette journée historique : « Notre héritage est là, entre vos mains, dans votre réflexion et dans votre cœur, dans votre intelligence et votre sensibilité. Il vous appartient que la vigilance ne soit pas un vain mot, un appel qui résonne dans le vide de consciences endormies. Si la Shoah constitue un phénomène unique dans l’histoire de l’humanité, le poison du racisme, de l’antisémitisme, du rejet de l’autre, de la haine ne sont l’apanage d’aucune époque, d’aucune culture, ni d’aucun peuple. Ils menacent à des degrés divers et sous des formes variées, au quotidien, partout et toujours, dans le siècle passé comme dans celui qui s’ouvre. Ce monde-là est le vôtre. »
Le CCAF, mes chers amis, a tant fait. Vous lui avez imprimé, Messieurs les co-présidents, une direction adaptée aux défis immenses auxquels fait face la diaspora arménienne. Au Parlement européen, au Parlement français, dans nos régions et nos villes, des élus se tiennent aux côtés de l’Arménie, à vos côtés, vous les représentants de la diaspora. Nous nous sommes tenus debout, à vos côtés, lors de la guerre déclenchée par l’Azerbaïdjan en 2020.
J’ai encore la gorge nouée lorsque je pense aux milliers de jeunes Arméniens morts dans cette guerre dès les premiers jours, et qui reposent aujourd’hui au cimetière d’Erevan, où nous nous sommes rendus, auprès de parents pleurant leurs enfants.
Je me souviens de ce voyage que nous avions fait ensemble, avec des élus locaux de droite et de gauche, à la frontière de l’Artsakh, pour dénoncer le blocus du corridor de Latchine par l’Azerbaïdjan.
Nous étions les témoins d’un processus d’épuration ethnique de 100 000 personnes, dans l’indifférence totale de la communauté internationale.
L’Arménie a accueilli ses frères et sœurs de l’Artsakh, nous avons apporté notre aide, cher Hovhannès, et le peuple de l’Artsakh a été fait citoyen d’honneur de la Ville de Paris.
La diplomatie a repris la place qui était la sienne, à la recherche d’un accord de paix. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Mais nous n’oublierons pas le peuple de l’Artsakh, qui ne retrouvera ni ses terres, ni ses maisons, ni ses cimetières, ni ses églises. Nous n’oublierons pas les détenus politiques.
Huit anciens dirigeants de l’Artsakh, dont trois anciens présidents, ont été capturés et sont toujours détenus par le régime azerbaïdjanais. Ils ont été jugés sans équité, sans observateurs internationaux ni médias étrangers. Il faut parler des prisonniers de l’Artsakh, faire en sorte que leur cas devienne emblématique du combat pour les droits de l’homme partout dans le monde. J’ai moi-même eu l’honneur de rencontrer le président Arayik HAROUTIOUNIAN, qui a dirigé l’Artsakh de 2020 à 2023. J’ai rencontré un chef d’État, pas un criminel.
Nous n’oublierons pas ce que la dictature d’Aliev, alliée à Erdogan, provoque comme dangers pour l’Artsakh et pour la région. Nous continuons d’aider l’association de soutien à l’Artsakh, dont vous êtes, cher Hovhannès GUEVORKIAN, l’infatigable promoteur. Demain, là où je serai, vous me trouverez encore à vos côtés.
Le CCAF est une organisation qui fait connaître aux élus, mais aussi à l’ensemble des Français, le magnifique pays qu’est l’Arménie. Vivante, créative, dont la jeunesse, en particulier, a choisi de construire une nation résiliente, une nation qui offre à ses enfants un travail et des perspectives d’avenir meilleures.
Comme j’ai été heureuse de découvrir TUMO à Erevan, et les capacités incroyables de l’Arménie dans le domaine des technologies les plus en pointe ! Avec vous, avec les autorités arméniennes, avec celles de notre ville-sœur Erevan, et avec les ambassadeurs de France qui se sont succédé en Arménie, nous avons, en implantant TUMO à Paris, fait voir de l’Arménie cet élan vital et créatif !
Le CCAF, mes chers amis, est un partenaire privilégié de notre belle capitale. Il souhaite, je le sais, que Paris l’aide à se développer et à mieux s’inscrire physiquement dans le paysage parisien, pour continuer son œuvre au service de l’Arménie.
Si le Conseil de Paris en est d’accord – et il le sera, car toutes les composantes politiques de notre assemblée ont toujours trouvé un consensus pour soutenir la cause arménienne et celle de l’Artsakh – il sera acté très bientôt que le CCAF s’installera au Pavillon de l’Eau, dans le XVIᵉ arrondissement.
C’est avec fierté et le sens de la promesse accomplie que je laisse cet héritage. Oui, la cause arménienne a bel et bien trouvé son écrin à Paris ! Elle y côtoiera la Maison de l’Europe. Quel signal ! Quoi de plus chargé de sens de voir l’Arménie et les amis d’une Europe unie partager les mêmes locaux.
Mes chers amis, Je veux réaffirmer notre engagement envers Erevan, notre ville-sœur. Je soutiens les nombreuses associations de la diaspora arménienne comme Santé Arménie. Chère Nadia GORTZOUNIAN, Je salue votre immense travail contre les traumatismes de guerre. Le peuple français et le peuple arménien sont des peuples frères, leur sang est mêlé. De grands noms de la diaspora arménienne, qui a tant apporté à la France, sont honorés à Paris. Je pense bien sûr à l’immense Charles Aznavour, qui, grâce à la fondation portant son nom, a désormais son buste au Carrefour de l’Odéon, depuis 2019, et un jardin, en bas des Champs-Élysées, depuis mai 2024. Nous avons apposé une plaque à la mémoire de Missak et Mélinée Manouchian sur la façade du 11 rue de Plaisance, où ils ont vécu. Oui, Missak et Mélinée Manouchian ont donné à la résistance française le visage de l’universel, de la fraternité et de la grandeur. Ils reposent en paix au Panthéon.
Être vigilants, Simone Veil nous y invite. Je sais que vous n’êtes pas dupes. Je sais que vous savez reconnaître vos amis et reconnaître aussi les convertis d’un soir, sensible aux échéances électorales.
Je sais que vous savez reconnaître les falsificateurs de l’histoire, ceux qui tentent encore aujourd’hui de réhabiliter Pétain ; ceux qui siègent au Parlement Européen dans le même groupe politique que l’AFD, parti allemand, regroupant les néo-nazis.
Tout cela, vous le savez, et le peuple arménien connaît le prix des reconnaissances tardives et le prix du combat d’une démocratie pour défendre la dignité humaine partout, comme valeur universelle ; pour défendre l’État de droit partout, comme garant de la primauté du droit sur la loi du plus fort et de la violence.
Je terminerai donc, chers amis, par le message de Simone Veil : « Pourtant, votre responsabilité est de ne pas céder aux amalgames, à toutes les confusions. La souffrance est intolérable ; toutes les situations ne se valent pourtant pas. Sachez faire preuve de discernement, alors que le temps nous éloigne toujours plus de ces événements, faisant de la banalisation un mal peut-être plus dangereux encore que la négation. L’enseignement de la Shoah n’est pas non plus un vaccin contre l’antisémitisme, ni les dérives totalitaires, mais il peut aider à forger la conscience de chacun et chacune d’entre-vous. Il doit vous faire réfléchir sur ce que furent les mécanismes et les conséquences de cette histoire dramatique. Notre témoignage existe pour vous appeler à incarner et à défendre ces valeurs démocratiques qui puisent leurs racines dans le respect absolu de la dignité humaine, notre legs le plus précieux à vous, jeunesse du XXIe siècle. »
Ensemble, continuons à défendre l’Arménie, son peuple et ses valeurs.
En protégeant ce pays, nous protégeons aussi l’Europe, notre République et notre humanité commune ! »
Dernière partie de cette soirée, la seconde médaille du CCAF a été remise au Premier ministre pour ses actions en tant que ministre de la Défense. C’est Ara Toranian qui est revenu sur les raisons de cette distinction.
Médaille du courage à Sébastien Lecornu

« Monsieur le Premier ministre, votre engagement personnel et votre implication directe dans le renforcement de la coopération militaire franco-arménienne ont constitué un acte politique fort. La première livraison d’armes françaises en Arménie, à laquelle vous avez personnellement pris part aux côtés d’une délégation d’amis de l’Arménie, a envoyé un signal clair de solidarité dans un moment critique.
Votre action incarne la responsabilité, la vigilance et la constance dont l’Arménie a besoin de la part de ses partenaires, au premier rang desquels la France. »
Mourad Papazian a ajouté un anecdote. Après la Panthéonisation de Manouchian, explique-t-il, le 21 février 2024, un dîner est organisé à l’Elysée. Le coprésident du CCAF joue les traducteurs entre Sébastien Lecornu et son homologue arménien de la Défense. A un moment de la conversation, il lui demande jusqu’où la France est prête à aller dans la coopération militaire avec l’Arménie. « Jusque là où est prête à aller l’Arménie », a répondu tout de go le ministre français. Une réplique qui lui vaut de fort applaudissements dans la salle quelques deux ans plus tard.
Le Premier ministre a tenu à remercier le CCAF. Sa prise de parole en vidéo. https://www.armenews.com/discours-de-sebastien-lecornu-au-diner-du-ccaf/

`

»

Photos Anthony Mkrtchian
